Le rendez-vous des anciens et amis de la Force Navale - Het rendezvous van de oudgedienden en vrienden van de Zeemacht
 
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 Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?

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olivier
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MessageSujet: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Ven 24 Oct 2008 - 18:11

24/10/2008

36 millions de dollars de revenus en un an
Somalie : la loi des pirates

Dans l'océan Indien, l'arraisonnement de navires est devenu une véritable industrie qui emploie plus d'un millier de personnes. Derrière ce gigantesque racket se profile l'ombre des islamistes locaux.

C'est une montagne sur l'eau, un cargo de 15 000 tonnes d'acier qui file, la coque enfoncée dans les eaux brûlantes de l'océan Indien, au large du Kenya. Le «Faina» bat pavillon du Belize pour une société du Panama, affrété par une compagnie ukrainienne d'Odessa et piloté par un capitaine russe à la tête d'un équipage de 17 Ukrainiens, 3 Russes et 1 Letton. Dans son ventre rond, empaquetés comme de gros gâteaux huilés, 33 chars d'assaut T-72 de conception soviétique, 150 lance-roquettes RPG-7, deux missiles sol-air Grad, des batteries antiaériennes, et quelque 14 000 obus et munitions : de quoi mener une sale guerre en terre d'Afrique. Où va-t-il ? Au Kenya ? Ou au Sud-Soudan, là où le dernier accord de paix signé a la valeur du papier ? Peu importe, quelque part, dans une villa avec piscine à robinets dorés, un lord of war doit se caresser le ventre en pensant aux bénéfices de sa marchandise de mort.
Ce 25 septembre, le «Faina» glisse donc, tranquille, à moins d'une journée de Mombasa, son port d'arrivée, en doublant un chalutier de pêche sans pavillon, étrangement immobile. Soudain, deux points blancs apparaissent à l'horizon, et ils avancent à une vitesse ahurissante, coupant les vagues courtes de la mousson. A bord, quelques pirates somaliens, jeunes, secs et en pagne, armés de kalachnikov et de lance-roquettes, issus sans doute de la même usine que la cargaison. Dix minutes plus tard, les longues barques se collent avec habileté contre le franc-bord du cargo ukrainien. Un tir de roquette pour montrer son sérieux, un ou deux grappins d'acier qui accrochent la passerelle, une échelle en U à sept barreaux plaquée contre la coque et les hommes sont déjà sur le pont... c'est fini. La forteresse en armes est tombée aux mains de quelques gaillards sachant manier une kalachnikov en mâchant du khat. Les pertes sont minimes : un seul mort, un membre d'équipage terrassé par une crise d'hypertension. Après un coup d'oeil sur le fret, le porte-parole des pirates, Sugule Ali, fait une première offre de rançon : 20 millions de dollars, somme très raisonnable vu le prix des tanks sur le marché. Et comme la polémique fait rage sur la destination de cet arsenal de guerre, notre chef flibustier donne une conférence de presse par téléphone satellite : «Notre problème n'est pas le propriétaire des armes, notre problème, c'est les 20 millions de dollars.» Dans l'heure qui suit, plusieurs navires de guerre américains et européens de Operation Enduring Freedom, chargés de lutter contre le «terrorisme d'Al- Qaida», se déroutent pour filer à toute vapeur vers le «Faina» désormais placé sous haute surveillance. Mssion : empêcher à tout prix les pirates de décharger leurs armes en Somalie. Le monde vient de découvrir ce que tous les marins savaient déjà : les eaux somaliennes, où transitent 30 000 navires par an et un tiers du pétrole mondial, sont devenues les plus dangereuses du monde, un cauchemar pour la sécurité.

«Attention ! A tribord, au 040, trois embarcations non identifiées...», signale la vigie sur la passerelle du «Commandant Birot». L'aviso de la Marine nationale française est parfois détaché de la Task Force 150 pour lutter contre la piraterie dans le golfe d'Aden. Equipé de radars et d'une centaine d'hommes hautement qualifiés, le bâtiment est conçu pour lutter contre les sous-marins, mais trois canons, dont un de 100 mm, et une section formée à l'assaut peuvent réduire n'importe quelle bande de pirates. Pour les cargos isolés, les parades sont minces : naviguer tous feux éteints, placer des cordes de traîne dans l'eau à l'arrière en espérant que les pirates se prendront les hélices dans les filins, riposter au canon à incendie ou zigzaguer pour retarder l'abordage. Le plus sûr est encore le SSAS (Ship Security Alert System), un système qui donne aussitôt l'alarme, véritable cordon ombilical avec la terre. Du haut de sa passerelle, le commandant de l'aviso se désole en étalant une carte de la région : «Quatre millions de kilomètres carrés à surveiller, plus de 3 000 kilomètres de côtes, la région est vaste, bien trop vaste. Une agression signalée à 250 nautiques et il me faut... dix heures de route !» Trop long.
Depuis le début de l'année, 69 navires ont été attaqués au large de la Somalie. Une douzaine d'entre eux, avec 200 membres d'équipage, sont amarrés au port somalien d'Eyl, dangereux et inaccessible, devenu l'île de la Tortue. La piraterie en Somalie n'est pas un débordement passager, c'est une industrie. Avec études de marché, renseignements économiques, formation des employés, hiérarchie d'entreprise et investissements à long terme.

Tout commence dans les années 1990 par une révolte des gueux, celle de pêcheurs du sud du pays qui n en peuvent plus de voir sous leurs yeux les chaluts coréens et japonais racler la mer jusqu'au sable. Une poignée d'entre eux grimpent sur ces chalutiers sans permis et les mettent à l'amende. La misère aidant, les raids se répètent, et la colère prolifique devient une méthode. En Somalie, rien de ce qui est lucratif ne reste longtemps étranger aux chefs de clan. Aujourd'hui, quatre à cinq organisations concurrentes emploient une armée estimée à 1 100 pirates, anciens pêcheurs, miliciens en armes désoeuvrés, marins, officiers en rupture de ban ou gardes-côtes qui maîtrisent la navigation, les lois, le GPS et l'art des faux appels de détresse qui attirent leurs proies. Sur tous les quais de la région, du Yémen aux Emirats arabes, les Somaliens de la diaspora, dockers et négociants, suivent le départ des bateaux et renseignent leurs frères au pays, des hommes d'affaires qui ont armé une centaine d'esquifs, coques en plastique, six à huit mètres de long, équipés d'un moteur de 80 chevaux, surpuissants, capables de semer un Zodiac moderne.
Quand les cargos ont décidé de passer au large, les pirates ont mis la main sur quelques bons gros chalutiers, des «bateaux-mères» d'où ils lancent leurs barques pour l'attaque, jusqu'aux Seychelles. Dans les camps d'entraînement, la formation dure plusieurs semaines, le temps pour les apprentis pirates d'intégrer l'esprit, la discipline et la méthode du pirate moderne. 1) Interdiction de toucher à la précieuse marchandise ! Manger la nourriture de l'équipage ou utiliser les toilettes des otages : 500 dollars d'amende. 2) Maltraiter un marin, un passager : 2 000 dollars. 3) 100 dollars pour un retard de retour de permission, 500 dollars pour avoir tiré sans raison ou refusé d'obéir. 4) 1 000 dollars pour s'être endormi pendant la garde. Et l'exclusion immédiate pour celui qui ose critiquer l'organisation ! Chacun a sa fonction et gagne ses galons à l'épreuve de la mer : l'officer n° 1, qui dirige l'assaut, l'officer n° 2, son second, et le technical military, chargé de l'emploi du lance-roquettes. «Je fais partie des coasty-guards», a confié fièrement un jeune pirate, la bouche pleine de khat, au commandant Patrick Marchesseau pris en otage sur son voilier le Ponant . Notre organisation a seize ans d'existence, plus de 300 combattants et une centaine de barques. Nous capturons au moins un bateau par mois (1) !»
Le modèle de l'assaut est toujours le même. La clé ? La vitesse d'exécution : un quart d'heure à peine entre le départ du bateau-mère et l'irruption sur le pont du cargo. Il arrive qu'un marin rétif soit abattu ou que l'équipage doive s'allonger à plat ventre sur le pont chauffé à blanc par le soleil, mais ce sont des accidents, rares. L'important est d'entamer le processus des négociations, menées téléphone satellitaire à la main. A terre, quelques notables ouvrent un «tribunal» ou viennent à bord estimer le montant adéquat de la rançon, rarement inférieur à un demi-million de dollars. Ancrés au port d'Eyl, de Hobyo ou de Harardere plus au sud, les cargos attendront la fin des transactions, une semaine, des mois, toute une année. A Dubaï, Djibouti ou Mombasa, l'intermédiaire, homme d'affaires de haut vol et parfois lui-même armateur, négocie dans l'ombre. Dès le début de la guerre civile en 1991, l'un d'eux octroyait généreusement des «permis de pêche» fictifs, à 8 000 dollars pièce, aux chalutiers de pêche. En cas de prise d'otages, toujours prêt à «aider», il s'offrait aussitôt pour récupérer le bateau en négociant la rançon. «A Dubaï, tout le monde connaît le capitaine Issé, armateur somalien. Toujours prêt à aider. Un homme riche, cultivé et charmant... que j'ai croisé dans tous les mauvais coups, dit un Occidental, expert de la région. D'ailleurs, ses cargos n'ont jamais été attaqués !»
Les clans, les sous-clans, les innombrables milices et leurs chefs dépècent la Somalie. Quarante pour cent de la population doit sa survie aux convois de l'aide alimentaire. Racket au «checkpoint», rançons, pillage des ONG, les fiers combattants volent, tuent et affament leurs frères somaliens. L'islam comme leitmotiv, mais l'argent comme unique religion. On ne se bat jamais dans un pays pauvre, et la Somalie est riche ! La pêche est belle le long des 3 333 kilomètres de ses côtes, on exporte des fruits et légumes dans tout le Golfe et plus de 50 millions de têtes de bétail, chèvres, vaches, chameaux. Quatre-vingt-dix pour cent des redoutables hommes d'affaires somaliens spéculent dans l'import-export et, chaque année, la diaspora envoie 500 millions de dollars au pays. Le marché somalien des télécommunications est en deuxième position, après l'Afrique du Sud mais avant le Kenya. Et la noria des escrocs chinois et australiens venus négocier les nouveaux gisements de pétrole, de gaz et d'uranium se cassent les dents face à leurs intermédiaires somaliens bien plus avides qu'eux !
Des Majertim, sous-clan des Darod maîtres du Puntland, aux Habarjidir, sous-clan des Hawaye, tenants du mouvement islamiste qui contrôle les deux tiers du pays, aucun Somalien n'est indifférent à la manne de la piraterie : 36 millions de dollars payés en moins d'un an, plus que les 20 millions de dollars de budget du Puntland, région autonome qui court entre le golfe d'Aden et l'océan Indien. Cette province, autrefois stable, n'est plus qu'un semblant d'administration, impuissante, infiltrée et corrompue, où les politiciens sont connectés avec la piraterie. La marine locale comptait six à sept vedettes commandées par des officiers. Sans salaire depuis des années, ils ont rejoint les pirates. Pendant deux ans, le gouvernement de transition somalien a entraîné 14 000 hommes pour constituer une armée. Combien en reste-t-il aujourd'hui ? Deux mille à peine. Où sont les autres ? Ils ont rejoint les insurgés ou les pirates, bien sûr ! Les captures devenues hebdomadaires, le paiement des rançons par des armateurs soucieux de profit et de discrétion, ont boosté l'économie sauvage du Puntland. Les fêtes sont somptueuses, les avions de khat se posent désormais près des ports, les pirates achètent des tonnes d'armes sophistiquées, des voitures de luxe, font construire et prennent une troisième femme, signe de leur nouvelle richesse... Même les instituteurs quittent leurs classes pour se proposer comme interprètes !
Et Allah dans tout cela ? En 2006, les Tribunaux islamiques avaient pendu le chef des pirates de Hobyo. Les choses pourraient avoir changé. Des voix à la présidence du Puntland dénoncent l'implication des Shebab, les islamistes partisans du djihad d'Al-Qaida. Dans sa villa de Nairobi, au Kenya, l'ancien Premier ministre somalien du gouvernement de transition, Ali Mohammed Ghedi, est contraint à l'exil après avoir échappé à cinq attentats. Il est catégorique : «Les Shebab, un millier d'intégristes reliés à Al-Qaida, constituent l'organisation la plus puissante aujourd'hui en Somalie. Ils emploient une dizaine de milliers de miliciens et commanditent des prises d'otages qui rapportent des millions de dollars.» Pour lui, la piraterie est une joint- venture politico-religieuse, une mafia reliée au terrorisme islamiste. Grâce aux gains énormes de la piraterie, tout le monde gagne en puissance : «Cette mafia politique peut se transformer en une véritable armée dotée d'un parti politique puissant, et demain en un Etat en armes. Pour les Shebab somaliens, la piraterie peut devenir ce que l'opium est aux talibans d'Afghanistan.»
Evidemment, la tentation est forte : invoquer Al- Qaida, c'est avoir l'oreille des Américains. Il n'empêche, parmi les responsables insurgés mis en cause, on cite régulièrement le cheikh Yussuf Indahaddi, pilier du mouvement islamiste, qui ne boit plus, prie beaucoup et prospère dans le trafic d'armes. Et un autre chef des Shebab, le cheikh Mukhtar Robow, a appelé les pirates «à brûler ou à couler le cargo ukrainien et ses armes... s'ils n'obtenaient pas de rançon». En Somalie, où l'argent fait office de drapeau, la piraterie est en train de devenir une industrie nationale.
Le 2 juin dernier, le Conseil de Sécurité des Nations unies a adopté la résolution 1816, qui permet aux navires de guerre de traquer les pirates jusque dans les eaux somaliennes. Le 16 septembre, des bateaux de l'Otan cinglent vers le golfe d'Aden pour escorter les convois du PAM, et la France propose de lancer une opération militaire aéronavale contre la piraterie. Deux signaux forts ont été envoyés aux pirates : la capture d'une partie des auteurs de la prise d'otages du «Ponant» et la libération par un commando du voilier le «Carré d'as». «C'est bien, mais ce n'est pas assez. Les pirates ne reculeront pas. Il y a trop d'argent en jeu, dit un expert de la sécurité. Le seul moyen serait d'aller les chercher jusque dans leur fief... de détruire l'île de la Tortue.»
«Attention ! Droit devant. Paré à tribord. Tenez-vous prêts pour l'approche...», ordonne le commandant de l'aviso français. Devant nous, les boutres suspects repérés ne sont que deux misérables bateaux de pêche yéménites en route vers leur port d'attache après trois semaines de mer. Le «commando d'approche» envoyé à bord échange un peu d'eau, des poignées de main, quelques renseignements, et l'aviso reprend son cap.
«Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage...» Sur la passerelle guerrière de l'aviso, on entend un passager terrassé par la chaleur rêvasser à voix haute, en récitant un poème de Marbeuf. Face à l'océan, immense et dangereux.

(1)«Prise d'otages sur «le Ponant»», par Patrick Marchesseau, Editions Michel Lafon, septembre 2008.


Source : Le Nouvel Observateur

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Sam 25 Oct 2008 - 7:13

24/10/2008

Le sex-appeal des pirates somaliens

Les petits garçons ne sont pas les seuls à adorer les pirates. En Somalie, les femmes adultes les aiment aussi, à en croire un article de Farhat Hussameddine, publié dans le quotidien égyptien Al-Ahram. La traduction en anglais, réalisée par un journal des Emirats Arabes Unis, The National, est révélatrice :

"En Somalie, il y a plus de 2300 pirates de la mer. Parmi eux, on compte de nombreux soldats, des spécialistes des questions de sécurité, des interprètes professionnels, etc. (...)

"Ces gangs organisés, utilisateurs de matériel high-tech, ont saisi un vaisseau ukrainien qui transporte chars d'assaut, armes, munitions équipement militaire... Leurs demandes de rançon sont élevées.

"Ces pirates sont riches et puissants. Ils possèdent souvent de nombreuses sociétés commerciales.

"Jama Shino, un pirate de la ville somalienne de Garowe, a ainsi organisé une immense fête pour son deuxième mariage, à laquelle des centaines d'invités ont été conviés.

"Son épouse, ainsi que plusieurs jeunes femmes présentes, l'ont confié: "Toutes les filles, en Somalie, rêvent de marier un pirate. Ils ont le pouvoir, l'argent, l'immunité, les armes pour défendre la tribu et des fonds pour soutenir les milices dans la guerre civile."

Les marins de l'OTAN, dont une flottille s'apprête à lancer des opérations de lutte contre la piraterie, sont prévenus !

Source : lexpress.fr



Photo made available on 23 October 2008 shows a Somali pirate standing guard on the coast of Hobyo to prevent any possible attack to release the Greek tanker MV Stephanos held by Somali pirates. Somali pirates dominate the towns Haradhere, Hobyo and El-Hur which has forced most of the local population to flee in fear of concentrated military action from the richest nations on the world against the pirates. An increase in piracy off the Indian Ocean coast of Somalia has made these waters the most dangerous for pirate activities in the world, with 93 attacks in 2008, shipping companies say.

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Jeu 30 Oct 2008 - 11:58

Lundi 27 octobre 2008

Ici, le danger est tout à fait réel

Voici le récit fait par le commandant d’un navire de commerce naviguant dans le golfe d’Aden des 2 attaques successives qu’il a subi au cours de la seule journée du 28 octobre.

Situation : bâtiment entièrement verrouillé avec vigies anti-pirates postées nuit et jour sur les 2 côtés de la passerelle, naviguant dans le couloir de sécurité du golfe d’Aden.

Première attaque
8 heures du matin, position 13°26N, 48°27E. Trois embarcations rapides s’approchent du côté babord à 45° de l’avant.

2 étaient du type blanc habituel mais l’embarcation d’attaque au centre et en avant était en fait un bateau yéménite équipé d’un gros moteur hors-bord. Il était utilisé comme écran pour masquer les 2 autres.

J’ai prévenu la compagnie par téléphone. J’ai effectué des manoeuvres d’évasion, lancé un appel de détresse sur la VHF, enfermé tout l’équipage dans la salle sécurisée (la salle de conférence) et gardé seulement 3 officiers sur le pont avec un barreur.

Nous sommes arrivés sous le feu d’armes automatiques de petit calibre qui visaient le pont. Aucun dégât ni blessé.

J’ai aussi fait retentir la corne de brune tout en faisant des virages en S et en lançant des appels de détresse sur le canal 16.

Après environ 10 minutes, les assaillants ont abandonné la poursuite, ont stoppé et se sont regroupé.

Lorsque j’ai été sûr que la situation était sous contrôle, j’ai informé l’équipage pour les calmer et les assurer que nous resterions en alerte.

Deuxième attaque
La 2è attaque a été plus sérieuse et s’est produite à 15 heures par 12°54N, 46°40E. Trois embarcations rapides ont été aperçues s’éloignant d’un bateau de pêche servant de bateau-mère. J’ai déclenché le Ship Security Alert System [SSAS].

Les embarcations étaient les mêmes que sur les photos envoyées et avaient 4 hommes à bord chacune.

J’ai immédiatement lancé un appel de détresse sur la VHF, envoyé l’équipage en lieu sûr. Des tirs d’armes automatiques de petit calibre nous ont visé, mais de façon plus agressive pendant environ 5 minutes.

Heureusement, un navire espagnol de la coalition a entendu mon appel de détresse et a répondu en envoyant un avion de patrouille maritime Orion P3-C qui patrouillait dans la région.

Ils m’ont dit qu’il faudrait 20 minutes avant qu’il arrive. On se faisait vraiment tirer dessus à ce moment-là. Les tirs étaient beaucoup plus intenses que pour l’attaque du matin.

J’ai continué à faire des virages en S mais, je ne pouvais pas voir si nous avions été abordés ou pas à cause des tirs qui nous visaient.

J’ai continué à lancer des appels de détresse et j’ai été rassuré par le bâtiment espagnol par VHF que l’aide arrivait.

Les assaillants se sont alors éloignés, se sont regroupés, puis sont revenus à l’attaque. L’avion m’a contacté pour me dire qu’il nous voyait et qu’il serait là en quelques minutes. J’ai été très heureux de voir son écho sur mon radar.

Les pirates étaient à moins de 100 m lorsque l’avion espagnol est arrivé et a fait un passage à très basse altitude. Les pirates se sont éloignés.

L’avion a alors largué des fumigènes. La situation est devenue sûre très rapidement avec l’avion qui restait avec nous.

Environ 20 minutes plus tard, un hélicoptère d’attaque français est arrivé pour vérifier que notre situation était sous contrôle. Nous l’avons informé de la position estimée du bateau-mère des pirates. Je les ai remercié et suis entré en communication avec l’armateur .

Le danger ici est tout à fait réel. Je serai en mer Rouge d’ici 12 heures, sorti de la zone dangereuse. A part de la peinture abîmée par les coups de feu, nous allons bien. Il n’y a ni dégât, ni blessé.

Source : Le portail des sous-marins

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Mer 19 Nov 2008 - 17:41

19/11/2008

La piraterie dépasse la Somalie, assure son Premier ministre

Le Premier ministre somalien Nour Hassan Hussein estime que la piraterie au large des côtes de son pays participe d'un phénomène international qui va au-delà de la région de la Corne de l'Afrique.

Le détournement sans précédent samedi au large du Kenya d'un pétrolier géant transportant deux millions de barils de brut saoudien destiné aux Etats-Unis a semé la consternation dans la communauté internationale et laisse entrevoir une nouvelle flambée des cours des matières premières.

Ce détournement et trois autres depuis sont intervenus en dépit du déploiement dans cette région d'une armada de l'Otan, de bâtiments de guerre de pays européens et de navires de la marine russe.

Dans une interview à l'agence Reuters, Hussein estime que les patrouilles maritimes internationales ne suffiront pas à éradiquer le phénomène de la piraterie et assure que celui-ci n'est pas cantonné à la Somalie.

"Nous sommes désolés, mais ce problème de piraterie n'est pas cantonné seulement à la Somalie; il affecte l'ensemble de la région, il affecte le monde."

Selon les experts, les pirates ont montré qu'ils pouvaient frapper sur une large étendue maritime puisque la zone de leurs agissements dépasse plus d'un million de km2.

"Les opérations navales à elles seules ne sont pas suffisantes, car les pirates disposent d'un réseau, ce qui veut dire un réseau opérationnel ce qui veut dire en mer, à terre et aussi parfois à l'étranger", affirme-t-il.

"UN PROBLÈME COMMUN"

"Je crois que tout cela est lié à d'autres organisations. Je ne pense pas qu'il s'agisse purement et simplement de piraterie somalienne.

"Il y a des groupes criminels, assurément, du moins c'est une hypothèse. Mais, bien sûr, on y verra plus clair dans les mois qui viennent."

Un certain nombre d'experts de la région n'excluent pas que les pirates somaliens bénéficient de l'aide de hors-la-loi yéménites et nigérians et que les butins - notamment les rançons obtenues des armateurs des bateaux détournés - finissent entre les mains de groupes "terroristes" internationaux.

C'est pourquoi ils estiment que, en plus de dépêcher des navires de guerre dans la région, la communauté internationale devrait se pencher sur les réseaux financiers susceptibles de recycler les dizaines de millions de dollars de rançon perçus rien que cette année.

Hussein fait valoir que son fragile gouvernement fédéral de transition somalien n'a pas les moyens de s'attaquer au phénomène et il réclame à la communauté internationale qui le soutient une aide pour mettre sur pied une garde-côtes digne de ce nom.

De source diplomatique, on estime que seule une solution politique en Somalie, où le gouvernement lutte contre une insurrection islamiste croissante, pourra à terme permettre d'éradiquer le problème.

Hussein reconnaît le rôle dans cette situation de l'héritage de plus d'une décennie de guerre civile en Somalie, marquée par l'absence d'état de droit, l'omnipotence des chefs de guerre et la pauvreté.

"Nous sommes très satisfaits de constater que le problème de la piraterie est devenu un problème commun et que des efforts communs sont déployés pour y faire face. Nous jouerons bien sûr notre rôle, mais nos moyens sont très limités", ajoute-t-il.

Source: Reuters

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Sam 22 Nov 2008 - 18:00

21/11/2008

Reportage au cœur du fief des pirates en Somalie

Nos envoyées spéciales Manon Quérouil (texte) et Véronique de Viguerie (photo) sont allées à la rencontre de ces pillards des mers qui contrôlent l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde. Le Figaro Magazine a pu pénétrer en exclusivité dans le fief de ces nouveaux seigneurs des mers, où nos envoyées spéciales ont rencontré Abdullah Hassan, le chef des pirates qui, à 39 ans, dirige depuis trois ans un gang de 350 hommes. Des photos jamais vues, un récit surprenant dans l’antre de ces pirates qui sont le nouveau cauchemar des marins du monde entier.












Source : Le Figaro.fr

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Mar 25 Nov 2008 - 18:47

25/11/2008

Le mode opératoire des pirates

"Les pirates ont des équipements sophistiqués"

Le commandant Shojaa al-Mahdi, directeur général des opérations de l’Autorité des garde-côtes au Yémen, explique à FRANCE 24 les méthodes utilisées par les pirates qui opèrent dans le golfe d'Aden.

Depuis quelques mois, les actes de piraterie se multiplient dans le golfe d’Aden, importante voie de navigation maritime internationale. Shojaa al-Mahdi, commandant auprès de l’Autorité des garde-côtes yéménites, explique à FRANCE 24 le mode opératoire des pirates. Il estime que l’instabilité politique chronique de la Somalie, accentuée depuis près de vingt ans par la guerre civile, participe à la détérioration de la sécurité dans cette zone maritime.

FRANCE 24 : Comment les pirates qui opèrent au large de la Somalie ont-ils pu développer leur arsenal maritime ? D’où vient leur argent ?

Shojaa al-Mahdi, commandant des garde-côtes yéménites : Au milieu des années 90, les pirates, majoritairement somaliens, attaquent des bateaux de tourisme en utilisant des petites embarcations de pêche en bois. Ils demandent des rançons dérisoires, notamment des montres et de l’argent trouvé sur les bateaux. Par la suite, ils montrent plus d’ambition et ciblent des bateaux commerciaux. Les rançons deviennent plus importantes en fonction de la marchandise transportée.


Grâce à ces rançons, les pirates achètent des bateaux plus rapides et mieux équipés. Mais nous ne savons pas qui sont leurs fournisseurs. Il ne faut pas oublier que la Somalie possède plus de 3 025 kilomètres de côtes. Un territoire qui échappe totalement au contrôle d’un Etat totalement désintégré.

F24 : Comment les pirates manœuvrent-ils ?


Sh. al-Mahdi : Les pirates surveillent les navires grâce à leurs équipements sophistiqués. Dès qu’ils repèrent une cible, ils envoient deux à trois bateaux, qui entourent le navire. Ils tirent des coups de feu vers la cabine du commandant de bord. Généralement, les équipages de bateaux commerciaux ne possèdent pas d’armes.

Les grands et moyens navires commerciaux naviguent à vitesse réduite dans le golfe d’Aden car c’est une voie très chargée. La vitesse des pétroliers est limitée à 8-15 nœuds alors que les bateaux de pirates peuvent facilement atteindre les 40 nœuds selon leurs moteurs.

Les navires de taille moyenne ont une possibilité d'échapper aux pirates. Le capitaine peut changer fréquemment la direction de son bateau afin de créer des remous et déstabiliser les petits bateaux des assaillants. Mais c’est un acte risqué car les pirates peuvent tirer des missiles. En avril 2008, un navire japonais dont le capitaine a manœuvré afin d’échapper aux pirates a ainsi été heurté par un missile qui a troué une partie de sa coque, mais il a pu accoster au Yémen sans dommages importants.

Dans le cas du supertanker saoudien pris en otage le 15 novembre avec environ deux millions de barils de pétrole à son bord, le capitaine ne pouvait aucunement tenter de fuir car sa charge l’aurait exposé à de graves conséquences si par malheur les pirates avaient dû utiliser leurs armes.

F24 : Le Yémen forme avec la Somalie et Djibouti l’un des trois pays du pourtour du golfe d’Aden, qui relie la mer Rouge à l’océan Indien. Comment le Yémen participe-t-il à sécuriser cette voie très fréquentée ?

Sh. al-Mahdi : L’Autorité des garde-côtes yéménite ne date que de 2002 - après l’attaque du destroyer américain Cole et l’attaque contre le pétrolier français Limburg. Lorsque nous recevons un signal de secours d’un bateau attaqué, nous lui venons en aide s’il ne se trouve pas loin de nos côtes. Mais nous ne possédons pas encore d’infrastructures solides pour secourir des bateaux lointains.


Source : France24.com

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MessageSujet: piraterie   Mer 26 Nov 2008 - 7:38

26/11/2008

Piraterie au large de la Somalie : Voilà ce que ça coûte de laisser un Etat à l’abandon

Terrible ! Pour peu que l’on se désintéresse d’un pays, le risque est grand qu’il sombre totalement dans l’anarchie la plus abjecte C’est exactement le cas de la Somalie, qui est, depuis le début des années 90, un pays de non-droit, une jungle où, pour un rien, on tire sans sommation et où la raison du mieux armé est la meilleure.

Indépendant depuis 1959 et né de la fusion des colonies italiennes (Somalia) au sud, et britannique au nord (Somaliland), ce pays, on s’en souvient, a connu une relative stabilité de 1960 à 1969 avant que le dictateur Mohamed Siad Barré ne s’empare du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat et de l’assassinat de son prédécesseur, Abdirashid Ali Shermarke.

Et le départ du général Siad Barré du pouvoir le 26 janvier 1991, suivi de sa mort peu de temps après, sonnera le glas de l’existence même de la Somalie en tant qu’Etat souverain, reconnu par la communauté internationale.

Et pourtant, si la disparition de la Somalie en tant qu’Etat peut avoir des causes intérieures (notamment la barbarie du régime Siad Barré, l’action des forces islamistes qui y prolifèrent, etc.), la négation de ce pays en tant qu’Etat organisé est due aussi en partie à la rivalité terrible que s’y livraient Américains et Soviétiques par Somaliens et Ethiopiens interposés.

C’est ainsi qu’aiguillonnés par les deux superpuissances de l’époque, avec d’un côté les Américains pour la Somalie et les Soviétiques ainsi que les Cubains côté éthiopien, ces deux pays de la corne de l’Afrique s’engagèrent en 1977 dans un absurde conflit armé, baptisé à l’époque la guerre de l’Ogaden. Et 11 ans durant, ce fut une guerre plus que meurtrière entre ces deux pays, avec à la clé des milliers de morts et de mutilés à vie, bref un réel gâchis. Pour la seule Somalie, on dénombra environ 2 millions de réfugiés, qui avaient presque tout perdu.

Mais, véritablement, si les deux superpuissances s’étaient fortement engagées en termes d’apport en armes hautement meurtrières et d’envoi de conseillers militaires au côté de leurs protégés respectifs, elles ne le faisaient pas uniquement pour leurs beaux yeux. Elles y avaient grand intérêt :

car, effet, si les USA, par exemple, ont apporté une aide à la fois humanitaire et militaire à la Somalie, c’est parce qu’en échange, ils voulaient avoir l’autorisation d’utiliser les installations navales de Berbera, qui était une ancienne base soviétique. Et en contrepartie de leur soutien à l’effort de guerre, les Soviétiques purent bénéficier de leurs protégés éthiopiens aussi de stratégiques avantages.

Voilà, disions–nous, la responsabilité qui incombe à la communauté internationale dans la situation de chienlit dans laquelle végète depuis 18 ans la Somalie.

Mais la responsabilité de la communauté internationale ne s’arrête pas que là. Elle se trouve aussi dans sa capacité et surtout dans sa volonté de pacifier la Somalie qui, comme nous le disions, est depuis le début des années 90 un non-Etat.

Certes, cette communauté internationale a fait preuve de quelques timides initiatives pour ramener ce pays sur le chemin d’un Etat souverain. Mais ces quelques tentatives restent d’une mollesse indescriptible et n’ont rien à voir avec la débauche d’énergie et de moyens déployée en Afghanistan, et surtout avec les centaines de milliards de dollars qui sont déversés mensuellement en Irak dans l’ultime espoir de pacifier ce pays et pour le remettre sur le droit chemin comme le conçoit "la communauté internationale".

Ainsi laissée à l’abandon, la Somalie reste durablement inscrite dans le créneau des rivalités ethniques, où prospèrent royalement islamistes, politiciens véreux et bandits de grands chemins, qui ont fini de précipiter le pays dans un chaos politique, social et économique rarement atteint par un autre. Une situation qui, pourtant, n’émeut presque personne.

C’est exactement cette grave situation de non-Etat, dans laquelle se débat le peuple somalien, qui explique à suffisance la naissance, voire la recrudescence de la criminalité maritime dans cette partie du monde avec, en prime, l’impuissance des Occidentaux à y mettre un terme.

Au premier semestre de 2008, on notait 24 attaques de navires dans le golf d’Aden qui reste, pour bien de bateaux, la meilleure voie navigable en termes d’économie d’argent et de temps. L’opération de piraterie la plus spectaculaire menée dans cette zone de l’océan Indien remonte à un peu plus d’un mois, lorsque des pirates somaliens ont arraisonné un superpétrolier saoudien, le Sirius Star, long de 330 mètres et dont la cargaison de pétrole transporté est estimée à 100 millions de dollars.

Aux émirs du pétrole les pirates réclamaient une rançon de 25 millions de dollars pour laisser le supertanker poursuivre sa traversée maritime. Une autre fois, c’était le Centauri, un géant des mers battant pavillon maltais, qui était entre les mains de ces pirates. Et selon des sources kényanes, ce cargo devait débarquer 17 000 tonnes de sel au port de Mombassa. Non loin de ce théâtre des opérations, un autre bateau, le Great création, était à son tour arraisonné.

Et nous avons toujours en mémoire l’arraisonnement, le 25 septembre dernier, du cargo ukrainien le Faina, chargé d’armes en direction du Kenya ou du Sud-Soudan. Et, selon le bureau maritime international, à ce jour, plus d’une dizaine de navires avec leurs occupants sont aux mains des pirates, qui sévissent de plus belle. Une recrudescence de la criminalité maritime, qui commence à être difficilement supportable, tant son coût économique est lourd.

Et voilà ce que ça coûte de laisser un pays à son sort ! Face à cette situation inédite, la communauté internationale semble désemparée et élabore ses stratégies. C’est dans ce contexte que la France, qui assure la présidence de l’Union européenne, a proposé le lancement, en décembre prochain, d’une mission militaire aéronavale antipirate, et la résolution 1816 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 3 juin dernier, permet désormais l’entrée de navires de guerre dans les eaux territoriales somaliennes pour traquer les pirates.

Mais, quoi qu’il en soit, cette contre-attaque de la communauté internationale risque fort de n’être pas une partie de plaisir, ce, d’autant plus que les pirates ont, depuis, appris à déjouer la surveillance des navires de guerre. Pis est, la plus grande difficulté, à entendre les spécialistes des affaires maritimes, réside dans l’écart, minime, entre le moment où les pirates se lancent à la poursuite d’un cargo et celui où ils montent à bord : il ne peut s’écouler que 20 petites minutes. Et, une fois à bord, ils sont quasiment intouchables, protégés qu’ils sont par leurs otages.

Cette situation, dans laquelle se démène l’Occident pour résoudre le casse-tête somalien, ressemble, à s’y méprendre, aux rapports teintés d’ambiguïté qu’il entretient avec l’Afrique, où l’aide publique au développement subit d’année en année des coupes claires. Ainsi, pendant que certains s’époumonent à vouloir voir instaurer un plan Marshall pour le continent noir, d’autres pensent qu’il vaut mieux réduire encore cette aide au développement.

Mais c’est sûr qu’en abandonnant l’Afrique à son sort, l’Occident court le risque de ne pas pouvoir dormir tranquille. Et ce qui se passe dans le Golf d’Aden n’est encore qu’un tout petit échantillon des supplices à endurer si toutefois le berceau de l’humanité était irrémmédiablement abandonné à son sort. Occidentaux, vous êtes prévenus !


Source : lefaso.net

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Jeu 27 Nov 2008 - 7:40

27/11/2008

Somalie : Dans l’antre des pirates

Exclusif. Reportage dans le fief des flibustiers somaliens qui ont fait main basse sur l’une des routes maritimes les plus stratégiques du monde.

Au terme de dix heures de route sur une piste défoncée qui serpente au milieu d’un désert de pierres, se découpent au loin les silhouettes massives des bateaux grec, japonais et ukrainien retenus depuis plus de deux mois à proximité du village d’Hobyo, sur la côte est de la Somalie. Un no man’s land pelé au décor invariable: des buissons d’épines, quelques troupeaux de chèvres efflanquées et des groupes d’hommes en armes.

Le rendez-vous est fixé plus au nord, aux confins d’une plage déserte où ne tarde pas à débarquer un pick-up rempli de miliciens, mitraillette au poing et munitions en bandoulière. La section terrestre, venue en repérage… En contrebas, sur une mer calme, une petite embarcation blanche apparaît avec, à son bord, sept hommes cagoulés. Un bref échange d’instructions par téléphone satellite avec ses hommes à terre et le chef des pirates se dirige prestement vers le rivage, un vieux pull enroulé autour de la tête en guise de turban, un lance-roquettes rouillé calé contre son épaule osseuse.

«Celui qui ne dort jamais». Abdullah Hassan, surnommé «Celui qui ne dort jamais», a 39 ans et dirige depuis trois ans un gang de 350 hommes, mélange hétéroclite d’anciens pêcheurs et de miliciens désœuvrés ironiquement baptisés les «gardes-côtes». A son actif: une trentaine de prises depuis le début de l’année, dont le navire ukrainien, le Faina, menées en collaboration avec une autre bande. «Avant, j’étais un honnête pêcheur», déclare-t-il en remontant son pagne élimé pour s’accroupir sur le sable brûlant, «mais, depuis que les chalutiers étrangers ont vidé nos mers, il faut bien survivre…»

Et Abdullah, en dépit des apparences, s’en sort plutôt bien: 10 millions de dollars de recettes depuis le début de l’année, de quoi payer grassement ses troupes, réinvestir dans des armes plus sophistiquées et des bateaux plus puissants, importés du Kenya ou de Dubaï, et mettre sa famille à l’abri du besoin. «Aujourd’hui, l’argent n’est plus un problème», confirme-t-il en hochant la tête, content.

Le secret d’une attaque réussie. Le capitaine se montre plus crispé quand on l’interroge sur ses techniques de guerre, qu’il se refuse à divulguer: secret- défense. Mais, avec plus d’une soixantaine d’attaques répertoriées depuis le début de l’année par le Bureau maritime, parfois réalisées à plus de 300 milles des côtes somaliennes, le modus operandi des forbans des mers n’est plus vraiment un mystère. C’est depuis un «bateau-mère», souvent un imposant chalutier de confection russe, que sont lancés à l’abordage des hors-bords surpuissants qui, en quelques minutes, viennent se coller au flanc du navire repéré. Une rafale de tirs dissuasive, un grappin arrimé à la passerelle, et les pirates sont maîtres à bord.

«Le secret d’une attaque réussie, c’est la vitesse d’exécution», consent à révéler Abdullah Hassan qui souligne que ses troupes, bien entraînées, peuvent mener un abordage en moins d’un quart d’heure. Et sans effusion de sang, précise-t-il. Car les pirates somaliens mettent un point d’honneur à mener des attaques «propres» et bien encadrées, où chaque homme obéit à un strict règlement et où la sécurité des otages est préservée.
Bien nourri, confiné dans un espace du bateau qui lui est réservé, l’équipage retenu à bord n’a de contact qu’avec l’interprète pour éviter d’éventuels dérapages, notamment avec le personnel féminin, explique Abdullah Hassan qui se pique d’être un «bon musulman».

Depuis les techniques de repérage des navires arraisonnés qui s’effectue à l’aide de GPS dernier cri jusqu’aux négociations rondement menées par un porte-parole pour le versement des rançons, dont le prix moyen s’établit aujourd’hui entre 1 et 2 millions de dollars, l’entreprise de la piraterie est actuellement un système bien rôdé en Somalie, mais qui s’est trouvé un peu bousculé par l’intervention musclée de l’armée française en septembre dernier pour libérer le voilier le Carré d’As.

L’épicentre de la piraterie. En dépit des fanfaronnades du chef des pirates qui soutient que «les Français ne font peur à personne», ses troupes dorment désormais en mer par crainte d’un coup de filet sur le sol somalien. La médiatisation croissante autour du village côtier d’Eyl, situé au cœur de la région autonome du Puntland et identifié comme l’épicentre de la piraterie, les a également poussés à se déplacer plus au sud, à In Dawa, situé à 30 kilomètres d’Hobyo dans l’Etat autoproclamé de Galmudu.

Sa capitale, Galcaio, théâtre de fréquents affrontements entre clans rivaux pour le contrôle des points d’eau et de la route principale vers Bosasso, est devenue la nouvelle base arrière des flibustiers qui viennent s’y approvisionner en nourriture et en khat, une plante euphorisante mâchonnée dans toute la région et dont ils font une grosse consommation. Plusieurs fois par semaine, des camions brinquebalants acheminent également les fameux speed-boats depuis la gare routière de Galcaio vers Hobyo, Eyl ou Harardéré.

Derrière son vaste bureau immaculé, le président de l’Etat de Galmudu, Mohamad Warsamé, hausse les épaules avec fatalisme: c’est un fait établi, les pirates sont aujourd’hui intouchables. Car, avec une quarantaine de policiers payés une centaine de dollars par mois pour sécuriser les environs d’Hobyo, le combat est perdu d’avance.
Etabli aux Etats-Unis depuis la création, en 2006, de ce nouvel Etat issu de la partition de la région centrale de Somalie, l’homme, récemment rentré au pays, semble plus préoccupé par le renouvellement de sa carte verte que par l’établissement d’un semblant de sécurité dans la région.

Autorités forcément complices. Ce qui ne l’empêche pas d’épingler tour à tour les autorités de l’Etat rival du Puntland, «forcément de mèche avec les pirates», et les puissances occidentales, une «bande de touristes amateurs» qui, en cédant systématiquement au chantage des flibustiers, entretiennent leur industrie florissante. La solution est pourtant simple, s’agace le président: il suffit de bombarder le Faina et son précieux chargement. Quant à l’équipage retenu à bord? Un «inévitable dommage collatéral» inhérent à chaque guerre…

La méthode ne semble cependant guère faire recette auprès des «touristes occidentaux» qui encerclent le Faina et continuent, microphone en main et au gré des humeurs du porte-parole des pirates, Sugule Ali, à mener les négociations en vue d’éviter le scénario catastrophe qui fait se dresser les cheveux sur la tête de tous les experts en sécurité: le débarquement sur le sol somalien du lourd arsenal contenu dans le ventre du cargo ukrainien. Quelque 33 chars d’assaut, 150 lance-roquettes, deux missiles air-sol et des milliers d’obus et de munitions… De quoi mener une sale guerre dans un pays déjà ravagé par les conflits internes.

Car cette prise de premier choix, dont la rançon atteindrait, aux dernières nouvelles, le chiffre record de 5 millions de dollars, attise les convoitises et ne va pas sans créer des tensions entre les pirates et les miliciens des Tribunaux islamiques qui veulent aussi leur part du gâteau. Loin de constituer une joint venture politico-religieuse sur laquelle flotterait l’ombre d’al-Qaida, chaque groupe poursuit au contraire des objectifs diamétralement opposés.

«Eux veulent récupérer les armes pour combattre les troupes du gouvernement, nous voulons simplement l’argent pour faire vivre nos familles», résume le chef des pirates rencontré, qui s’offusque de la rumeur selon laquelle des membres de la Shabab, la milice religieuse des Tribunaux islamiques, encadreraient l’entraînement des pirates. «Si quelqu’un a des leçons de guerre à recevoir, ce n’est certainement pas nous», lance t-il, vexé. Des relations houleuses qui ne datent pas d’hier, puisqu’en 2006 les Tribunaux islamiques alors au pouvoir avaient pendu haut et court le chef des pirates d’Hobyo…

Aucun lien avec les fous d’Allah. Point d’alliance explosive donc entre fous d’Allah et brigands des mers, pas plus que d’hommes d’affaires en costard-cravate, de bureaux de change, de maisons luxueuses ou de restaurants destinés à nourrir les otages dans les villages côtiers de Somalie, contrairement à ce qu’on a souvent pu lire. De tout temps, les histoires de pirates ont inspiré les conteurs, mais, en termes romanesques, leurs contemporains somaliens sont plutôt décevants. «Il n’y a que des kalachnikovs, des chèvres et du khat ici», rapporte, dépité, un journaliste local qui s’est récemment rendu à Eyl. Aucun signe visible d’opulence non plus à Hobyo, semblable à tous les petits hameaux poussiéreux qui s’égrènent le long de la côte somalienne.

Ce qui ne veut pas dire que l’industrie de la piraterie n’est pas rentable, loin s’en faut: les estimations établies par l’institut d’études britannique Chatham House, qui évalue son revenu annuel autour de 30 millions de dollars, semblent même en deçà de la réalité, compte tenu des sommes exorbitantes versées par les armateurs ces derniers mois. Mais plutôt, comme l’analyse justement un responsable d’une ONG locale qui travaille au contact des familles de pêcheurs, que les pirates investissent de préférence dans leurs villages d’origine, souvent à plusieurs centaines de kilomètres des principaux repaires de la piraterie.

Où est passée la rançon du «Ponant» ? Avec l’argent touché grâce à la rançon du voilier français le Ponant en avril dernier, Ali Ahmad, 27 ans, s’est ainsi fait construire une vaste demeure à Galcaio, où vit sa famille, et qui détone au milieu des bicoques de fortune environnantes. Sur les 2 millions perçus par son groupe, lui a touché 100000 dollars avec lesquels il s’est également offert un 4x4, une deuxième femme et des kilos de khat. Lubies de nouveaux riches auxquelles cèdent souvent les pirates, mais l’homme a aussi investi dans l’achat d’armes et d’un hors-bord qu’il a ensuite loués à un groupe pour mener l’abordage d’un navire japonais le mois dernier. Marge dégagée: 30000 dollars.
Une «bonne opération», se félicite le jeune pirate qui, sans doute échaudé par l’arrestation de six de ses collègues à la suite de la prise du Ponant, préfère désormais se consacrer au financement des opérations et sous-traiter les attaques. D’autant que des sous-fifres prêts à faire le sale boulot, ces hommes d’affaires d’un genre nouveau n’en manquent pas.

Une nouvelle recrue. Mohamed, 40 ans et six enfants à charge, vit depuis plus de vingt ans dans une ruine ouverte aux quatre vents du centre de Galcaio. La semaine dernière, il a reçu de l’argent «d’amis d’amis» pour financer son voyage jusqu’à Hobyo, où il est attendu pour participer à une prochaine attaque. La rude sécheresse de cette année a eu raison de ses dernières réticences: «Mes enfants crèvent de faim, je n’ai plus le choix», confie-t-il adossé à un mur lépreux avant d’ajouter, pragmatique: «Tout le monde le sait, la piraterie est la seule activité qui rapporte ici.» D’autant qu’elle est socialement bien acceptée en Somalie et que les pirates, auréolés d’un certain prestige, jouissent de nombreux avantages.

Se revendiquer de la grande famille des «gardes-côtes» permet, par exemple, d’obtenir des crédits auprès des commerçants ou un laissez-passer aux check points, rapporte, halluciné, un employé du Croissant-Rouge somalien. Les pirates sont même devenus les héros d’une bande dessinée satirique très populaire ici, dans laquelle on voit de jolies femmes snober les miliciens au profit des nouveaux seigneurs de la mer...

Mais le détournement de plusieurs cargos contenant de l’aide alimentaire dans un pays où près de 40% de la population en dépend, commence à sérieusement entamer la cote de popularité des flibustiers, tout comme l’inflation générée par l’afflux massif de dollars déversés dans la région. Les pirates sont également dans le collimateur des autorités du Puntland, particulièrement vigilantes ces derniers temps à se poser en acteurs farouches de la lutte contre la piraterie – certains officiels étant accusés de s’en mettre plein les poches. Témoin de la bonne volonté du gouvernement: la prison surchargée de Bosasso, où les journalistes sont encouragés à se rendre, afin de constater qu’une centaine de pirates y croupissent actuellement. Parmi eux, neuf hommes appréhendés le mois dernier par l’armée française lors d’une patrouille dans les eaux somaliennes et qui risquent «de quinze ans d’emprisonnement à la peine capitale», affirme Bilé Qabowsade, le porte-parole des autorités du Puntland.

Ce zèle affiché ne semble cependant pas inquiéter outre mesure les pirates, qui continuent à enchaîner les attaques à une cadence infernale: pas moins de 26 répertoriées sur ces quatre derniers mois. Outre les problèmes évidents que pose l’absence de sécurité sur une des routes maritimes les plus stratégiques du monde où transitent chaque année de 15 à 20000 navires, dont les pétroliers venus du golfe Persique, plusieurs observateurs s’inquiètent également d’une possible récupération politique du business de la piraterie dans un pays déjà à feu et à sang. Et les Cassandre de prédire que la piraterie sera bientôt aux nombreuses milices somaliennes ce que l’opium est aux talibans d’Afghanistan: le nerf de la guerre.

Source : L'Hebdo.ch

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Ven 28 Nov 2008 - 12:38

28/11/2008

Les pirates de la Corne de l’Afrique

D’un côté, 8 marines militaires, les plus importantes compagnies maritimes au monde, les riches états du golfe Persique qui ont besoin que leur pétrole arrive dans les raffineries, et les grandes puissances, dont le commerce dépend énormément des routes de navigation passant autour de la Corne de l’Afrique. De l’autre, quelques milliers de pirates somaliens sur de petites embarcations avec des armes de petit calibre. Pourquoi donc les pirates gagnent-ils ?....


Lire la suite sur ---> Le portail des sous-marins


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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Lun 1 Déc 2008 - 23:01

1/12/2008

"La misère engendre la piraterie" en Somalie

Pour l'ambassadeur de Somalie en France, "ce sont la misère et le désespoir qui engendrent la piraterie" en Somalie. "Le remède est sur terre, pas dans les flots" poursuit le diplomate.

Saïd Farah, ambassadeur de Somalie en France et auprès de l'Unesco depuis 1990, décrit le calvaire de son pays. Un pays rongé par de nombreux fléaux, dont la piraterie.

A quoi ressemble la vie d'un diplomate somalien à Paris ?

Avec la guerre civile, beaucoup de nos ambassades ont fermé leurs portes. Mais certaines ont résisté. Moi, je me sens responsable de mon pays, de mon drapeau. Je dois me battre à ma façon pour que la Somalie existe.

Quel cancer ronge votre patrie ?

L'égoïsme. L'homme égoïste veut s'emparer de tout, contrôler tous les pouvoirs. Il s'appuie sur les affinités claniques pour parvenir à ses fins. Or, nous sommes tous Somalis, tous musulmans sunnites, et nous parlons tous la même langue. A la chute du régime de Siad Barre, en 1991, on nous a vanté le multipartisme. Mais les partis d'opposition créés alors par les mécontents, des factions armées le plus souvent, ne pouvaient échapper au clanisme. On avait oublié que la société somalienne n'était pas prête à adopter clé en main une démocratie à l'européenne. Selon moi, le développement doit venir avant la conversion démocratique.

Qui détient en Somalie la réalité du pouvoir ?

Nous avons élu un président en 2005, au terme d'une conférence de réconciliation nationale tenue à Nairobi (Kenya), et qui a duré deux ans. Mais le gouvernement ainsi formé ne disposait pas de moyens militaires ou sécuritaires. Le pouvoir est divisé, comme le pays lui-même. Il y a ces deux entités autonomes au nord, le Somaliland et le Puntland. Et les shebab, miliciens islamistes radicaux, tiennent une grande partie du sud.

Qui sont-ils ?

Des jeunes gens formés par les Tribunaux islamiques. Lesquels ont été infiltrés par des éléments venus du Moyen-Orient, d'Afghanistan ou d'ailleurs, au service de la mouvance terroriste de type al-Qaïda. Le Somalien est un nomade et un guerrier. Quand il veut tuer son ennemi, il le tue en face. L'attentat-suicide, ce n'est pas notre culture.

Les jours du Gouvernement fédéral de transition (GFT) sont-ils comptés ?

J'espère que non. Car c'est le seul espoir de salut. Reste que ceux qui ont fait main basse sur le peu de richesses du pays au long des dix-huit ans de guerre, ne veulent ni d'une paix ni d'un ordre qui vont à l'encontre de leurs intérêts.

La présence d'un contingent éthiopien, très impopulaire, sert-elle la rhétorique islamiste ?

Les Ethiopiens sont arrivés dans des circonstances exceptionnelles. Faute de pouvoir s'installer à Mogadiscio, ville déchirée, le gouvernement siégeait à Baidoa, capitale provisoire. Il a salué la victoire des Tribunaux sur les chefs de guerre et leur a tendu la main. Mais en vain. Eux ont attaqué. Nous avons alors appelé à l'aide l'Union africaine, la Ligue arabe et les Nations unies. Personne n'a bougé. Il a donc fallu demander le soutien de nos alliés d'Addis-Abeba. Leur stratégie, c'était de transmettre le relais aussi vite que possible à une force africaine.

L'essor de la piraterie est-il l'un des symptômes du mal somalien ?

Tout à fait. Les pirates ne sont pas des poissons surgis de l'Océan indien ou du Golfe d'Aden. Ils viennent de Somalie. Et ce sont la misère et le désespoir qui engendrent la piraterie. Le remède est sur terre, pas dans les flots. Il faut d'abord et avant tout rebâtir un pays ravagé, dépourvu d'hôpitaux, d'écoles, d'universités, de routes.

Que vous inspire le lancement, le 8 décembre, de l'opération Atalanta, dispositif européen de protection des navires ?

Dans l'immédiat, c'est une formule valable. Mais sur le fond, elle ne résout rien. Quand j'entends qu'on envoie 3000 Casques bleus de plus au Congo démocratique, je me dis qu'il y a vraiment deux poids, deux mesures.


Source : lexpress.fr

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Mer 3 Déc 2008 - 16:49

3/12/2008

Piraterie : un chef islamiste somalien veut la libération de tous les bateaux

Le chef de la branche dure de l'opposition somalienne, l'islamiste Hassan Dahir Aweys, a déclaré le 2 décembre qu'il souhaite la libération "immédiate" de tous les navires capturés par les pirates somaliens. "Nous appelons à la libération immédiate de tous les bateaux internationaux capturés par les pirates somaliens, les pirates constituent une menace pour la paix et le commerce international", a-t-il déclaré par téléphone depuis Asmara, capitale de l'Erythrée, où il est réfugié. "Il est tellement douloureux de voir la Somalie prise en otage entre l'occupation coloniale de l'Ethiopie et des pirates fous", a-t-il ajouté. "Nous sommes la seule force qui peut éliminer la piraterie dans les eaux somaliennes mais le monde refuse de nous donner une opportunité de diriger la Somalie malgré la volonté de la majorité des Somaliens", a-t-il ajouté.


Source : Le Courrier du Vietnam

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Ven 5 Déc 2008 - 16:39

5/12/2008

Les beaux jours de la flibuste

Le serveur s'est approché, dans l'obscurité, un plateau copieusement garni à la main. Les haut-parleurs susurraient, en fond sonore : "Le champagne est servi près des jacuzzis." Il a déposé précautionneusement la nourriture sur le piano à queue, recouvert d'une nappe pour l'occasion. Caviar pour tous, gambas rôties à souhait et viandes fines. Les soldats français, qui venaient d'embarquer, ont ouvert de grands yeux. On sait recevoir, sur le Seabourn-Spirit, un bateau de croisière à neuf ponts, dont les cabines sont louées entre 1 000 et 5 000 euros la nuit. Les militaires n'ont pas eu besoin de payer. L'équipage était trop heureux d'héberger ces croisiéristes d'un nouveau genre, casqués et armés, pour naviguer dans le golfe d'Aden, où transitent 16 000 navires par an.

Depuis que les pirates somaliens en ont fait leur terrain de chasse, on ne s'aventure pas impunément dans le secteur. Surtout lorsqu'on transporte 189 passagers aisés. A ce jour, les pirates somaliens détiennent toujours une douzaine de navires, amarrés près de leurs côtes, et veillent sur près de 300 otages.

En cette fin du mois de novembre, le Nivôse, une frégate de surveillance basée à La Réunion, a reçu pour mission d'escorter le Seabourn-Spirit, mais aussi de veiller sur l'Alizé, un navire de recherche sismique bourré de haute technologie. Pas question de les laisser tomber aux mains des pirates. Seule solution viable, en attendant la mise en place opérationnelle, le 15 décembre, de l'opération militaire internationale Atalanta : embarquer des militaires sur chaque navire accompagné.

"On est à 140 milles (250 km) des côtes somaliennes, les pirates sont de très bons marins, ce n'est pas un souci pour eux, soupire le commandant Michel Le Doaré, à bord de l'Alizé. Quand la mer est calme, il leur suffit de se jeter sur le bateau. Moi, je ne peux faire que des zigzags pour me défendre, je ne suis pas armé. J'aurais pu faire appel à des mercenaires, mais je n'ai pas confiance, ils pourraient être de mèche avec les pirates. Alors l'armée française, c'est la bonne solution..."

Quatre jours de haute mer, à croiser des bancs de dauphins, à s'extasier sur les couchers de soleil. Mais surtout quatre jours d'angoisses pour les marins français, constamment sur le qui-vive. Au cas où ils sous-estimeraient la menace, les mésaventures du Biscaglia sont venues secouer leurs certitudes. Ce matin du 28 novembre, le navire battant pavillon libérien paresse à l'arrière du convoi de bateaux qui se sont opportunément agglutinés autour du Nivôse, lorsque deux skiffs rapides l'abordent. L'affaire dure cinq minutes, pas plus. L'hélicoptère du Nivôse a beau décoller, il est déjà trop tard lorsqu'il survole le Biscaglia. "Les pirates tenaient en joue l'équipage, rapporte le capitaine Frédéric Karakaya, aux commandes de l'hélicoptère, on les a survolés, ils nous ont simplement regardés." Sans grande crainte apparemment. Trois membres de l'équipage ont pu sauter à l'eau, non sans essuyer une salve de pistolet-mitrailleur avant d'être recueillis à bord d'un navire anglais. Au moins, le Nivôse aura pu assurer leur survie.

"Je ne supporte pas qu'ils aient agi ainsi, sous notre nez, explique le capitaine de frégate Jean-Marc Le Quilliec, commandant le navire français. Mais ils ont agi à deux heures de navigation du Nivôse. Ces pirates, ils n'ont pas de pavillon avec des têtes de mort, ils se dissimulent, alors on a surtout le devoir de réfléchir. Il ne faut pas sous-estimer l'adversaire. On ne pouvait rien faire de plus, et l'on doit assurer notre mission, escorter les navires que l'on nous a confiés."

Difficile de différencier une barque de pêcheurs d'un skiff de pirates. Les armes sont dissimulées, sous des bâches ou dans les cales. Les soldats n'ont pas mandat pour inspecter leurs barques. "Notre mission n'est pas de visiter les bateaux", insiste le commandant du Nivôse. Il a reçu des consignes, avant de quitter Djibouti. Des ordres teintés d'un certain réalisme. "On ne peut pas sécuriser la zone, indique le vice-amiral Gérard Valin, commandant de la zone maritime de l'océan Indien. Il n'existe pas de bouclier parfait. Et pour que nous puissions appréhender ces pirates, il faut impérativement que les pirates aient attaqué un bateau français." Ce fut le cas avec le Ponant, en avril, et le Carré-d'As, en septembre, qui ont subi deux assauts donnés par les forces spéciales. Mais le problème demeure. Comment surveiller une zone de plus de 2 millions de kilomètres carrés ? Mission quasi impossible.

"Il n'y a pas de solution miracle", admet le vice-amiral Valin. Les autorités internationales ont pu, au moins, sécuriser les convois du programme alimentaire mondial (PAM). "Depuis que nos navires sont escortés par des bateaux militaires, on n'a pas été attaqués, assure Peter Smerdon, porte-parole du PAM à Nairobi. On va livrer 150 000 tonnes de nourriture, de quoi nourrir 1,5 million de Somaliens."

Les thoniers français - dix-sept navires basés aux Seychelles - sont moins heureux. "Nous ne sommes pas pris en considération, proteste Jean-Yves Labbé, le patron de l'armement CMB, une société qui affrète plusieurs thoniers. Notre saison a été catastrophique. Les pirates somaliens nous obligent à pêcher dans les zones les moins prolifiques, nous n'avons aucune protection." D'autant que les pirates se sont professionnalisés et s'aventurent aujourd'hui très au large de leurs côtes.

Un récent rapport de synthèse de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) situe l'ampleur du phénomène. "La piraterie constitue l'activité économique la plus florissante du Puntland, indique ce document, une lutte coordonnée contre ces actes de piraterie ne saurait être efficace, dans le long terme, sans un programme de développement économique suffisamment rentable pour détourner la population de cette activité."

De plusieurs sources, il est admis que le montant des rançons collectées en cette année atteint plusieurs dizaines de millions de dollars, deux fois plus que le budget des autorités régionales du Puntland. Dans la région interdite à tout étranger, journalistes compris sous peine d'enlévement, les maisons se construisent, les 4 × 4 foisonnent. "Je n'ai pas reconnu mon village, quand j'y suis retourné", témoigne, dans un grand hôtel de Djibouti, une jeune Somalienne venue participer à la conférence de réconciliation nationale. Elle souhaite conserver l'anonymat. "Il y avait des nouvelles constructions partout, des voitures modernes, des villas luxueuses. Tout a changé, l'argent a modifié les comportements des gens, leur mode de vie, dit-elle. Les pirates sont devenus des héros pour cette population, pauvre et analphabète."

Les services de renseignement ont recensé neuf groupes distincts de pirates qui, désormais, se font concurrence. Plus de soixante speed-boats ont été observés sur les côtes du Puntland. A Eyl, devenue la capitale de la piraterie, les restaurants amassent des fortunes en assurant les repas de quelque 200 otages.

Comme dans tout commerce, il existe une structure parfaitement définie. Au départ de l'opération, les investisseurs, qui financent l'achat de vivres permettant aux pirates de partir trois ou quatre jours en mer. Il suffit d'avancer entre 5 000 et 10 000 dollars. Un contrat écrit est signé avec les hommes de main. L'argent provient des rançons, et de la revente des bateaux capturés. Le prix de revente du bateau est proportionnel à la rançon demandée. Ainsi, un navire pour lequel est demandée une rançon de 1 million de dollars se négocie à 150 000 dollars.

Les pirates proviennent du clan Darod, ils sont aidés, à terre, par les Hawiye, moins versés dans le domaine maritime. Un livre de comptes est tenu lors de l'opération, qui implique, toujours, plusieurs types de pirates. On trouve des interprètes, des comptables - qui rédigent les reconnaissances de dette envers les investisseurs -, et des commerçants, qui négocient avec les armateurs. Tous sont liés par un code d'honneur. Interdiction de s'en écarter, sous peine de payer une amende.

On ne s'improvise pas pirate. Selon les services de renseignement occidentaux, il y aurait une période d'entraînement, à terre et en mer, d'une durée de six mois. Les sommes extorquées font l'objet d'une répartition bien définie : 30 % pour l'investisseur, 50 % pour les pirates, le reste pour les acteurs secondaires, 5 % de la somme étant provisionnée pour les familles des marins disparus en mer. L'organisation est tellement huilée que les pirates disposent de téléphones par satellite, et même de machines automatiques à rayons ultraviolets pour contrôler la qualité des billets provenant des rançons.

Ces informations sont confirmées par les auditions, que Le Monde a pu consulter, des six pirates du Carré-d'As, emprisonnés en France. Vingt-six jours avant l'attaque, Mohamed Youssouf, 18 ans, a été recruté à Bossasso un port du nord de la Somalie. Sa mission : assurer la logistique, pour vingt-trois hommes dont les compétences sont multiples. Simples observateurs en mer, ravitaillement, surveillance. Youssouf Shire est le chef de clan. Ancien douanier somalien, il règne sur le village de Caluula, fournit les bateaux, les téléphones et les armes. Lors de l'assaut donné par les forces françaises, le 16 septembre, un cahier a été saisi, avec une liste de noms, et les gains à répartir.

Les services de renseignement, s'ils écartent tout lien avec le terrorisme, craignent une radicalisation du phénomène. "Il est fort probable, indique le rapport de la DGSE, que les pirates modifient leur comportement envers les équipages des navires détournés, et deviennent plus violents." En juin, deux Allemands ont été frappés à plusieurs reprises, et ont subi des simulacres de viol et d'exécution.


Source : lemonde.fr

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Jeu 11 Déc 2008 - 11:23

11/12/2008

En Somalie, les idéologues de la guerre globale ont ruiné toute chance de reconstruire l’Etat

Les Américains ne voulaient pas des tribunaux islamiques. Ils ont envoyé les troupes éthiopiennes. Deux ans plus tard, ils ont les islamistes et… les pirates.

Les assureurs font grise mine, les armateurs se souviennent de la route maritime du cap de Bonne Espérance, les Etats qui bordent la mer Rouge s’affolent, des armadas de protection se déplacent, l’ONU dénonce… La multiplication des actes de pirateries contre des navires marchands, 92 depuis le début de l’année, a subitement fait découvrir que la Somalie était toujours dans le chaos. La prise du supertanker saoudien, le Sirius Star, à 830 km des côtes kenyanes, a frappé d’autant plus l’imagination que les flottes de l’OTAN, de l’UE et de la Russie sillonnent cette région, où transite 30% de la production pétrolière mondiale. Des problèmes en mer qui trouvent leurs raisons en terre somalienne, sans Etat depuis 1991. Qui sont les pirates ? Des clans du Puntland d’où est issu l’actuel président du fantomatique Gouvernement fédéral de transition (GFT), Abdullahi Yusuf Ahmed. Deux ans après avoir été installé, à l’issue d’une intervention militaire éthiopienne soutenue par les Américains, le GFT sombre dans des querelles incessantes entre le président et le Premier ministre. Plus personne n’y croit, même si l’ONU a parrainé, tardivement, un accord entre le GFT et les islamistes « modérés » de l’Alliance pour la re-libération de la Somalie (ARS).

« Chacun pour soi… »

Le 16 novembre dernier, le président Abdoullahi Youssouf n’excluait pas un possible effondrement du GFT. « La majeure partie du pays est aux mains des islamistes et nous, nous ne sommes qu’à Mogadiscio et Baidoa, où la guerre fait rage chaque jour », a-t-il déclaré avant d’ajouter de manière crue : « si le gouvernement s’effondre, c’est chacun pour soi ». Les Ethiopiens n’y croient pas non plus et font savoir qu’ils n’ont pas vocation à rester indéfiniment en Somalie. Ils ont annoncé, sans d’ailleurs susciter de l’émoi au niveau international, qu’ils allaient entamer le retrait progressif de leurs soldats de Somalie, tout en se réservant le droit de revenir « briser les Chabab » en cas de menace. En réalité, c’est un constat d’échec. L’intervention de l’Ethiopie était bien la pire des solutions. Elle n’était pas nécessaire. Elle n’a été que la conséquence funeste des a priori idéologiques de l’administration Bush qui, sans la moindre preuve probante, a accusé les tribunaux islamiques d’être liés à Al-Qaïda.

Les Tribunaux islamiques avaient réussi au début de l’année 2006 à mettre au pas les chefs de guerre et avaient instauré une période de paix et de sécurité sans précédent.

Une funeste déconstruction

Cette insertion de la Somalie dans la « guerre globale » contre le terrorisme livrée par les Etats-Unis a fait rater une opportunité rare – la seule depuis l’effondrement de l’Etat somalien – de reconstruire un Etat. Les tribunaux islamiques avaient réussi au début de l’année 2006 à mettre au pas les chefs de guerre et avaient instauré une période de paix et de sécurité sans précédent. Pour y parvenir, il a bien sûr fallu recourir à la force, mais cela n’aurait pas été suffisant sans le poids moral que leur conférait leur statut de religieux. Cela a duré six mois. Pour les Somaliens, même ceux qui ne sont pas particulièrement religieux, il fallait reconstruire sur cet acquis et non pas déconstruire la seule ébauche de réhabilitation de l’Etat. L’intervention éthiopienne en décembre 2006 a cassé les tribunaux islamiques, mais, c’était prévisible, elle a favorisé la montée en puissance des Chabab, les « jeunes » en langue arabe. Ils imposent des règles religieuses strictes, mais sont néanmoins bien accueillis par une population exténuée par les violences et l’insécurité. Ils encerclent Mogadiscio, devenue pratiquement une ville fantôme, et mènent des attaques à Baidoa. Le 22 août dernier, ils ont pris Kismayo, la principale ville du Sud, et début novembre, ils se sont emparés du port de Merka, environ 90 kilomètres au sud de la capitale Mogadiscio.

Les islamistes contre les pirates

Ce port étant la principale voie de débarquement de l’aide humanitaire en Somalie (3,2 millions de personnes en dépendent), l’ONU va se retrouver contrainte de les accepter comme interlocuteurs. La mise en place du GFT a davantage obéi à l’objectif d’effacer les « six mois d’islamisme » que les 17 ans d’anarchie. La présence de l’armée éthiopienne n’aura fait qu’alimenter un puissant nationalisme religieux anti-éthiopien. Deux ans après, les tribunaux islamiques sont affaiblis, les chababs, plus radicaux, se sont renforcés. Et aux dernières nouvelles, ils annoncent qu’ils vont livrer une chasse aux pirates… Les idéologues de la guerre globale ont, par aveuglement, oublié que le problème en Somalie, ce n’est pas l’islamisme, mais l’anarchie. Même si on n’en parle qu’à la suite des actes de piraterie, la situation en Somalie est également à mettre au compte des errements de l’administration Bush.


Source : lesafriques.com

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Mar 16 Déc 2008 - 17:20

16/12/2008

Somalie : Bienvenue au Piratistan

La piraterie et la manne des rançons bouleversent le Puntland, province somalienne et fief des flibustiers.

Voici un sujet de thèse en or pour aspirant sociologue: le séisme déclenché au Puntland, fief des pirates somaliens, par la manne des rançons. Leur cumul serait de deux à trois fois supérieur au budget de cette "région autonome" de 2,5 millions d'âmes, apparue en 1998, mais qui, à la différence du Somaliland voisin, s'abstient pour l'heure de proclamer son indépendance.

Le "pays de Punt", dont les pharaons égyptiens prisaient tant l'encens et la myrrhe, passait déjà pour le paradis des trafiquants d'êtres humains. Chaque année, au péril de leur vie, des milliers de clandestins s'élancent de ses côtes vers le Yémen, escale sur la route du Golfe et de l'Europe. Les pêcheurs? Happés par la nouvelle mono-industrie de la piraterie. Sur les pistes cahoteuses d'un territoire naguère austère pullulent les 4 x 4 dernier cri. Aux alentours des ports de Bosaso, d'Eyl ou de Harardhere surgissent des demeures à deux étages, gages ici d'opulence, tout comme la troisième épouse que s'offrent les caïds au gré de mariages princiers. "Cette maison, confiait il y a peu un fils de Bosaso à son hôte de passage, je l'ai payée avec l'argent du Ponant." Allusion au voilier français attaqué en avril dernier.

Au pêcheur miséreux et à l'étudiant bosseur, les jeunes femmes préfèrent de loin le pirate. A moins que les premiers ne s'enrôlent dans la flibuste: il faut à l'instit', payé au mieux 20 dollars par mois, un détachement d'ermite pour résister à l'attrait d'un revenu mille fois plus élevé.

La pluie de cash brouille aussi les lignes de faille claniques, jusqu'à adoucir le vieil antagonisme entre darod et hawiye. "Pour la cause, on noue des alliances de circonstance, note un expert. Même si, à l'heure du partage, la loi du clan résiste. Quant aux chefs coutumiers, dont l'emprise décline, ils ont fini par céder eux aussi à l'appât du gain."

Les autorités du Puntland feignent de combattre l'épidémie, au point de lancer parfois un raid dûment médiatisé et de coffrer une poignée de pirates. Sans pour autant se laver des soupçons de connivence.

Dans le chaudron local, secoué en octobre par des attentats suicides imputés à la nébuleuse islamiste, les échéances électorales attisent la surenchère nationaliste. En janvier 2009, le président sortant, Muhamud Musa Hersi, briguera de nouveau un mandat très convoité.

Son prédécesseur, Abdullahi Yusuf Ahmed, risque fort, pour sa part, de se replier sur son bastion: ses jours à la présidence de la Somalie, conquise en 2004 grâce aux miliciens et à l'argent du Puntland, paraissent comptés. Pourquoi dès lors ne pas hâter la sécession d'une région si prospère, dotée d'un pactole pétrolier encore inexploité?

A la rubrique tourisme, le site officiel du "Puntland State of Somalia" vante son "climat tempéré et l'hospitalité d'une terre chaleureuse". Voire brûlante.

Source : lexpress.fr

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MessageSujet: Re: Qui sont les pirates et comment opèrent-ils ?   Mar 16 Déc 2008 - 17:22

16/12/2008

"Les pirates du golfe d'Aden n'ont pas la dimension héroïque qui fait rêver"

Auteur de nombreux ouvrages sur la piraterie*, l'écrivain Gilles Lapouge décrit la filiation ténue entre "ses" pirates de légende et les flibustiers modernes du golfe d'Aden.

Voyez-vous dans les forbans somaliens des héritiers de Barbe-Noire?

Moi, je défends mes pirates, personnages hauts en couleur. Certes, trois ou quatre siècles se sont écoulés depuis leur âge d'or, et le temps les a revêtus de la patine du romantisme et de l'aventure. Peut-être n'avaient-ils en fait guère plus de relief que ceux de 2008. Un point commun incontestable: la piraterie prospère toujours dans les zones de non-droit. Hier l'île de la Tortue - au large de la ville haïtienne de Port-de-Paix - aujourd'hui la côte somalienne. Le pirate n'est pas un acteur de l'Histoire, mais il se glisse dans ses interstices. Autre similitude: ce personnage ne vit pas en mer, mais à terre, d'où il guette le trafic. Si une proie apparaît, il fonce, le temps d'un raid. Les modes opératoires se ressemblent, eux aussi: de petites embarcations, rapides et maniables, harcèlent telles des abeilles les mastodontes. Lourds galions jadis, supertankers désormais.

On retrouve la même audace, le même culot. Mais on a perdu la touche de dandysme, le sens du théâtre, voire du grand-guignol. Les pirates d'antan étaient coquets, un peu snobs. Ils se taillaient des tuniques dans les étoffes chatoyantes saisies lors d'un abordage. Et terrorisaient par leur apparence, très étudiée. Ainsi, Edward Teach, alias Barbe-Noire, accrochait à ses tresses des bougies allumées.

Les théâtres d'opération ont aussi changé...

Mon petit commerce était établi dans les Caraïbes et les Antilles. Et mes pirates, eux, n'étaient pas de pauvres pêcheurs désoeuvrés, mais des marins, des vrais. Si les Anglais ont détruit la grande armada d'Espagne, c'est grâce à Drake, ce corsaire d'exception qui, par sa cruauté, se conduisit comme le pire des pirates. Lui rentra d'Amérique latine en nabab, plus riche que la reine Elisabeth ou la Banque d'Angleterre. Je ne décèle pas, chez les flibustiers du golfe d'Aden, la dimension héroïque qui fait rêver les enfants.

Comment naissait jadis la vocation?

Beaucoup fuyaient la misère, ou la vie d'enfer imposée aux marins sur les bateaux du roi. Pour autant, il ne s'agissait pas d'un contrat à durée déterminée pour chômeur rongé par la faim, mais d'un engagement total, irréversible, quasi métaphysique. Un voyage sans retour. Un peu comme celui de la carmélite à l'heure de prononcer ses voeux.

Vos gaillards n'avaient pourtant pas des moeurs de nonnettes...

C'est vrai. Ils étaient à la fois des êtres de mort et de grands viveurs. Ils adoraient jouer leur destin et jouir de l'instant. On fait un coup, on revient avec une cargaison de rêve, de l'or, des pierres précieuses.

Et, à terre, on s'offre une bamboula invraisemblable. Port Royal, alors capitale de la Jamaïque, passe pour "la ville la plus immorale du monde". Toutes les filles affluent là. Et le rhum coule à flots. A l'époque, l'espérance de vie est des plus courtes. On peut périr au combat ou de maladie.

Les pirates ne thésaurisent pas, ils flambent. Et cette générosité accroît leur prestige. Pour une femme, mettre le grappin sur un pirate, c'est la belle vie assurée.

L'appât du gain était-il le seul moteur?

Certains voulaient rompre avec une société injuste, sans espoir; partir pour un ailleurs, en dehors du monde. D'autres, comme l'Anglais Samuel Bellamy, tenaient un vrai discours d'anarchiste. Quelques-uns avançaient leur haine du colonialisme, dénonçant le calvaire que les Espagnols infligeaient aux Indiens. Un dernier groupe, conviction ou alibi, invoquait les guerres de Religion. Car tous les pirates ou presque, Anglais, Hollandais, voire Français, étaient protestants. Leurs cibles? Les galions de l'Espagne catholique intégriste. La plupart affichaient d'ailleurs un goût prononcé pour le religieux, au sens de la superstition. Des curés ou des pasteurs pirates disaient la messe à bord. Et, à défaut, on en embarquait un à l'escale, manu militari.

Organisés, les pirates somaliens sont-ils en cela fidèles à leurs lointains ancêtres?

Oui. A terre, c'est le bordel total. Mais, sur le pont, la machine tourne comme une horloge. A bord, chacun respecte une implacable hiérarchie. Lors de son engagement, le néopirate signe une charte d'essence démocratique, qui régente tout, y compris le partage du butin. Le capitaine peut être évincé par un vote de défiance de l'équipage. On l'abandonne alors sur une île déserte, avec un fusil, de la poudre, de l'eau et du rhum. En clair, le voilà condamné à une mort certaine.

Quand situez-vous l'apogée de la piraterie ?

Au xviie siècle. A l'orée du xviiie, ça sent déjà le roussi dans les Caraïbes. Car les puissances occidentales gagnent en robustesse. Il faut donc changer d'air. Les uns, tel Barbe-Noire, choisissent les côtes de la Virginie ou la région des Bahamas. Les autres mettent le cap sur l'océan Indien, les Seychelles et Madagascar.

Y eut-il des trajectoires atypiques ?

Celle de Henry Morgan, qui sera tour à tour voyou et flic. Un cas rarissime de reconversion. Il écume les côtes de la Jamaïque et devient, avec ses 5 000 hommes, pirate de terre ferme, puis finit chef de la police. Citons encore le Français Olivier Misson, fondateur, dans la baie de Diégo-Suarez (Madagascar), d'une société idéale et utopique baptisée Libertalia. Même si j'ai plus que des doutes sur la réalité d'une telle épopée.

La pratique de la rançon était-elle répandue?

Très peu. Seule la cargaison raflée importe. Un trois-mâts colossal, ça ne sert à rien. Un cas légendaire toutefois: celui de ce jeune patricien hautain, indigné de la modicité de la rançon que Rome consent à verser pour sa liberté. Il s'appelait Jules César. La piraterie existe depuis la nuit des temps. Elle est consubstantielle à la navigation. Le rivage des Emirats arabes unis se nommait jadis la Côte des pirates, si chère à Henry de Monfreid.

Les empires détenaient-ils le remède que l'Occident et ses alliés cherchent encore?

Pas vraiment. Il y eut peu de ripostes. Sinon celle des Espagnols qui, excédés, finiront eux aussi par former des convois de trois à cinq bâtiments, escortés au départ de Carthagène. Mais le système des vents ne leur laissait pas le choix des routes. Il leur fallait passer par les Caraïbes, secteur à haut risque. On perçoit aussi, dès cette époque, la volonté de conquérir les terres pour neutraliser les bases arrière des pirates. Ce que fit le gouverneur d'Hispaniola (l'île que se partagent aujourd'hui Haïti et Saint-Domingue). C'est un peu comme si, de nos jours, le Puntland tombait sous l'emprise de l'ONU ou de l'Ethiopie.

Qu'advenait-il des pirates arrêtés?

C'était d'ordinaire le gibet, sans jugement. Parfois sur les îles, parfois sur les rives de la Tamise, à Londres, en un lieu baptisé Execution Dock. On s'y rendait en famille, comme au spectacle. Il existait une autre technique, supposée dissuasive: placer le cadavre du condamné dans une cage de fer pendue à la vergue, jusqu'à ce qu'il soit réduit à l'état de squelette.

Source : lexpress.fr

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