Le rendez-vous des anciens et amis de la Force Navale - Het rendezvous van de oudgedienden en vrienden van de Zeemacht
 
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 L’île de Tromelin

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Gérald
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MessageSujet: L’île de Tromelin   Mer 23 Juin 2010 - 15:18

L’île est le sommet émergé d’un vieux volcan sous-marin.
Il s’est éteint il y a des millénaires.
La lave avait bouché l’orifice de sa cheminée.
Comme il se trouvait à fleur d’eau, les coraux l’ont vite colonisé.
Sous les vagues, les pentes du volcan sont très raides.
À deux encablures de l’île, l’abîme commence.
Et les grandes houles, les courants sans fin.
Il faut vraiment jouer de malchance pour se retrouver sur ce bloc de
corail cerné par les déferlantes.
Ou n’avoir peur de rien.
Pour pouvoir en repartir, il faudra aussi compter sur l’inconscience.
À moins de chercher son salut dans l’énergie du désespoir.
Nul ne s’est jamais installé ici.
L’île est sans mémoire. Seuls les ouragans laissent leur
trace dans les sables.
Le reste va vite se perdre.
Dans le vent, le tonnerre des lames qui, sans relâche, harcèlent les récifs.
Nuit et jour, la mer bat.
Elle flanche rarement. Même quand il fait beau.
Quand elle consent à se calmer, c’est presque toujours dans les heures qui
précèdent un cyclone.
Ensuite, elle se déchaîne comme jamais, jette à l’assaut
de l’île des vagues géantes qui l’engloutissent aux neuf dixièmes.
Elle ne reflue qu’une fois l’ouragan passé.
Pour recommencer comme avant.
Même pouls méchant, têtu, mêmes lames qui frappent,
fracassent et brisent, déferlent et redéferlent, frappent encore,
roulent et cassent, broient, éparpillent, émiettent,
s’acharnent contre cette minuscule plaque de
corail perdue au cœur de l’océan.
Mais l’île est ultra dure, elle tient.
La seule victoire que la mer ait jamais remportée sur elle, c’est d’empêcher
les madrépores(1) de former un rempart assez haut
pour casser l’élan des déferlantes.
Ici, pas de couronne de coraux, pas de lagon à l’abri des houles accourues
du pôle Sud, longues et féroces, depuis l’Antarctique, elles n’ont trouvé aucun obstacle.
À quelques mètres du rivage, rien qu’un long récif frangeant que la mer
mouline peu à peu en sable.
Mais là encore, rien à voir avec la fine et douce farine
des atolls des mers du Sud.
Celui-ci est grenu, grumeleux, râpeux.
Malgré tout, l’île tient toujours. Quand elle lâche à la
mer des morceaux de son vieux et blanc caparaçon, ce
ne sont que des blocs informes, que les vagues mettent
des décennies à disloquer.
Et elles doivent continuer à les rouler pendant des années avant de pouvoir les vomir sur le rivage.
Ils y émergent sous la forme de galets énormes,
d’une blancheur stupéfiante, lisses
comme s’ils sortaient d’une machine à polir, et vont
s’empiler toujours au même endroit, à l’est et au sud
de l’île, sur une longue plage revêche qui prend parfois
l’aspect d’une muraille dressée contre la mer.
Dans les interstices de cette étrange maçonnerie naturelle se
logent des milliers de coquilles usées, porcelaines, bénitiers,
bigorneaux, débris de nacre.
C’est aussi sur ces hautes plages de galets que viennent s’échouer les bois
flottés. De gigantesques troncs, des souches blêmies de
sel ou de gros bambous où continue de se lire, au long
de veines encore vertes, le parcours de la sève.
C’est sur l’île le seul indice qu’un autre monde puisse
exister par-delà les vagues.
Et qu’il obéisse à d’autres lois que celles de la guerre
qui oppose la mer et le corail.
Ces plages est et sud, où se concentrent les épaves, sont les plus hostiles.
Les tortues elles-mêmes ne s’y risquent pas.

Les quelques lignes que vous venez de lire sont les premières lignes d'un livre bouleversant. Vous l'avez compris, il ne s'agit pas d'un bateau de légende.
Mais cette histoire VRAIE trouve son origine lors du naufrage d'un navire.
Je vous renvoie au livre d' Irène Frain pour les détails morbides.
Je me limite pour cet article qu'à une explication simple et quelques photos.
Les détails sont trop abominables.

Livre d'Irène Frain : «Les naufragés de l'île Tromelin »
Editions Michel Lafont


Voici l'effroyable histoire de :

Les abandonnés de l'île de Tromelin.


L'île de TROMELIN est demeurée très longtemps à l'écart des lignes de navigation.
En plein océan, l' île de Tromelin se trouve à 45O km. À l'est de Madagascar.
Ce n'est qu'en 1722 qu'elle fut découverte par le vaisseau "LA DIANE", commandé par Monsieur de La Feuillée, et baptisée "l'ile des Sables" à cause de ses plages de sable corallien éblouissant, "île plate de environs 1 km²", 1,7 km de long sur 700m de large.


Le 31 juillet 1761, la flûte "L'UTILE" (ancien bâtiment de guerre réservé au transport du matériel et des esclaves), Commandant La Fargue, qui avait pris un chargement d'esclaves à Madagascar, et se dirigeait vers l'ile de France (actuellement Ile Maurice) fut déroutée par le mauvais temps, et jetée sur les écueils de l'ile des Sables.
Un officier, 17 matelots, et un esclave se noyèrent. Le reste de l'équipage et les esclaves se réfugièrent sur l'île. En creusant le sable, jusqu'à une profondeur de +/- 5m., les naufragés eurent le bonheur de trouver de l'eau "potable".

Dès lors, la vie s'organisa. Ayant sauvé des vivres, les rescapés se mirent au travail, et avec les débris du navire, ils construisirent un bateau plat et long, sur lequel seuls les blancs, au nombre de 122 prirent place. 90 hommes et femmes noirs restèrent sur l'île avec trois mois de vivres, et... la promesse de les envoyer chercher.
Partis le 27 septembre 1761, ils abordèrent Madagascar quatre jours après. Ils se rendirent à l'ile de France, où ils racontèrent leur histoire, et dépeignirent la terrible condition où se trouvaient ceux qui étaient restés sur l'île.
Que se passa-t-il alors ? on ne sait, et, on oublia les noirs naufragés sur l'ile des Sables. Les malheureux élevèrent avec les débris du bateau une hutte recouverte d'écailles de tortues de mer. Ils vécurent de la chair des oiseaux de mer et des tortues qui venaient déposer leurs œufs sur la plage. Des plumes tressées leur servaient de vêtements.
Plusieurs fois, des bâtiments s'approchèrent, mais ne purent les secourir malgré les efforts déployés, à cause des courants et de la violence des vagues. Un navire, "La Sauterelle", croisant dans les parages, ayant remarqué des signes de vie, mit une chaloupe à la mer, et débarqua un marin qui fut abandonné par ses camarades, en raison de l'état de la mer.



Quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, la corvette "La DAUPHINE" commandée par le Chevalier de TROMELIN, Lieutenant des Vaisseaux du Roi, jetait l'ancre devant l'ile des Sables, à laquelle l'histoire a depuis donné son nom. Il aborda ce dangereux récif par une mer calme, et sut trouver le chenal qui permit d'accéder au seul point abordable de l'île. Il put ainsi sauver sept femmes et.... un enfant qui avaient survécu.
Cet enfant est né sur l' île.........
Les récits racontent que l'île est submergée quasi en permanence et ne laisse que 10% de sa surface immergé lors des tempêtes. Celle-ci sont fréquentes, les vents violents balayent ce minuscule lopin de terre. Des conditions de vie effroyable. On peut se demander comment des être humains ont bien pu survivre dans de telles conditions.
83 personnes avaient péri, n'ayant pu résister aux conditions de vie. Les rescapés furent ramenés à l'ile de France, reçurent la liberté, et furent entretenus par l'Etat jusqu'à la fin de leur vie. Plusieurs autres navires firent naufrage depuis cette épopée. Les occupants périrent, se sauvèrent avec des canots, ou furent recueillis par des bâtiments croisant dans les parages.

En 1830, le capitaine Laplace reçut l'ordre de reconnaître l'île, et de s'assurer qu'il n'y avait pas de naufragés. Il ne put y aborder, mais en fit le tour, d'assez loin, notant seulement la présence de cabanes abandonnées, d'une croix, etc...
Très pressé de quitter ces parages dangereux, il calcula néanmoins la position du récif : 15°38' Sud, et 52°11' et 09' de longitude Est. Cette position, depuis, a été rectifiée par le Révérend Père CATTALA de l'Observatoire de Tananarive, le 3 octobre 1955, et les véritables coordonnées sont celles données dans le chapitre I (Géographie) à savoir 15°53' sud et 54°31' est. C'est en 1947, que l'importance de l'île fut reconnue par les services de la Météorologie Nationale Française implantée à Madagascar qui appliquaient d'ailleurs, une résolution internationale pour la surveillance des cyclones.
Deux expéditions de reconnaissance eurent lieu, organisées par le Gouvernement Général de la colonie de Madagascar et effectuées par la Marine Nationale Française. Ceci se passait notamment en novembre 1953.
La véritable histoire de TROMELIN commence en 1954. La Direction de la Météorologie Nationale , conformément aux résolutions de l'Organisation Météorologique Mondiale décida l'installation d'une station météorologique permanente à partir du 7 mai 1954. Le premier débarquement de la mission française eut lieu en avril et mai 1954. Il fut mouvementé. Cinq tonnes de ciment et de matériel furent perdus, engloutis par les flots. Le navire lui-même, le baliseur "MARIUS MOUTET" fut malmené par l'océan. Depuis plus de quarante ans, la présence française est assurée sur l'ile de TROMELIN par l'intermédiaire des météorologistes

Mission archéologique de 2008
Accomplie en 2006, la première mission archéologique a étudié le site de naufrage de l'Utile et un élément de l'habitat des esclaves.
Achevée en décembre 2008, la 2e mission dirigée par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) avec le concours de l' Institut national de recherche archéologique préventive (Inrap), s'attachait à l'étude des conditions de vie des esclaves, et leur « organisation sociale ». La recherche de sépultures constituait un autre objectif de recherche.
La qualité des vestiges mis au jour confirme un site archéologique original, mais aussi un lieu de mémoire remarquable qu'il importe de protéger ; et l'étude archéologique démontre que le petit groupe d'esclaves abandonnés, constitué face à l'adversité, passé le stress initial, est de toute évidence resté debout et organisé.
Pour en savoir plus : www.archeonavale.org/tromelin
A la lecture d'articles et du livre, certaines éléments me semblent troublants, certains récits donnent une version et d'autres quelques peut modifiées.

Par exemple : En quittant l'ile sur un radeau de fortune, les 122 hommes blancs ne mirent que 4 jours pour rejoindre Madagascar qui se trouve à 450 km. Soit à 2 nœuds c'est jouable mais quelle chance.



Du 18ième à nos jours, cela fait long et je pense, que certains éléments se sont vus érodés par le temps. Néanmoins, cette histoire est loin d'être banale. Dommage qu'elle est si peu connue. Si vous souhaitez plus d'infos sur cette île, je posterai quelques données supplémentaires.

A bientôt pour une nouvelle aventure mystérieuse.
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